23 septembre 2020

''Avoir l'ambition de progresser''

Christian Gourcuff

Vendredi soir (21h), les Jaune et Vert se déplacent sur la pelouse du Stade Pierre-Mauroy à Lille, pour le compte de la 5ème journée de Ligue 1 Uber Eats. Christian Gourcuff, fait le point avant ce rendez-vous face aux Dogues, pour ce qui sera un nouveau gros test.



LE POINT SANTÉ

Christian GOURCUFF : "Kalifa Coulibaly a repris avec le groupe aujourd'hui mais ça risque d'être un peu court pour vendredi. Anthony Limbombe est sur le point de faire son retour mais il ne sera pas présent non plus à Lille."

LE RETOUR DE LOUZA

"Imran (Louza) revient de suspension. Ne pas l'avoir, c'était gênant pour les matches manqués mais aussi pour sa propre préparation. C'est toujours un handicap supplémentaire."

LE MATCH DE SAINT-ÉTIENNE

"C'était encourageant. Il faut bien sûr avoir l'ambition de progresser et de gommer les imperfections. Si on n'a pas gagné, ce n'est pas simplement la faute de l'arbitre. C'est aussi du fait de nos erreurs, comme sur le premier but où il y a eu de la passivité. Sinon, c'est plutôt encourageant mais il ne faut rien relâcher évidemment."

LE LOSC

"On aura à faire à une opposition de qualité. J'ai regardé leur match à Marseille. C'est une équipe qui met beaucoup de dynamisme, très homogène et doté d'un collectif redoutable évidemment.
Il y a beaucoup de qualités dans cette formation, avec de la complémentarité. C'est très intéressant sur les côtés (Bamba, Araujo, Ikoné,..) avec des profils percutants. Ils sont capables d'utiliser les attaques rapides dans les espaces laissés par l'adversaire. Cette équipe aime presser également et peut jouer sur plusieurs registres. C'est un bon match à jouer.
De notre côté, il faudra avoir cette capacité à se sortir du pressing et se montrer très vigilant dans l'anticipation à la perte de balle. Je ne regarde pas toutes les équipes intégralement et je n'ai pas de certitudes non plus mais sur ce que je vois, ça me paraît être l'une des équipes les plus solides de notre championnat. L'an passé, sans une fin prématurée de la Ligue 1, ils se seraient qualifiés pour la Ligue des Champions. Ils m'avaient fait grosse impression lors du match à La Beaujoire, notamment dans l'impact physique. C'était impressionnant."

LES TEMPS FORTS ET LES TEMPS FAIBLES

"On ne peut pas être au taquet pendant 90 minutes donc il faut être capable de dissocier des séquences de pressing, comme on a pu le faire contre Saint-Étienne mais aussi les moments où on doit être plus bas. Dans le jeu offensif, c'est la même chose avec parfois des attaques rapides mais aussi une capacité de construction dans le jeu pour asseoir sa maîtrise. Ça fait aussi partie de la maturité d'une équipe."

L'ASSISE DÉFENSIVE

"Aujourd'hui, on doit retrouver une assise défensive qui a peut-être été perdue en ce début de championnat et qu'on avait l'an passé à pareille époque. C'est important pour gagner des matches mais aussi pour asseoir notre jeu. On a aussi besoin d'être serein pour construire. Avoir une assisse défensive solide, ça permet de l'être."

LE PREMIER MATCH À LILLE L'AN PASSÉ

"Ça restera une expérience assez particulière. J'avais signé le jeudi à Nantes, avant d'assister à l'entraînement le vendredi matin. Le samedi, aussi. Je m'étais adressé aux joueurs le samedi matin, notamment sur des aspects assez globaux du jeu, sachant que l'organisation était très différente de ce que je voulais mettre en place. J'avais dit à Patrick Collot que je lui laissais la conduite du match. Dès le samedi, il m'avait informé qu'il fallait mieux que je prenne déjà les choses en main. J'avais fait la causerie, avec une organisation qui n'était pas la mienne et des joueurs que je n'avais pas choisis. Mais ça c'était très bien passé, notamment dans la relation avec le staff. Je me réjouis d'avoir un staff aussi relationnel et ce dès le premier jour. Après, quand l'équipe ne joue pas sur des principes qui sont les vôtres, vous êtes un peu en décalage. Donc j'avais vécu ce match-là, un peu en retrait par rapport à ce que j'ai pu vivre la semaine suivante face à Marseille. Une fois que le match est joué, on fait des aménagements. À la mi-temps, j'avais ré-axé des choses en fonction de ma sensibilité. Je me souviens aussi que pour les changements, je ne connaissais pas les joueurs (il sourit). Kader par exemple,… c'était très particulier. Mais on a fait les choses intelligemment. En signant le jeudi, c'était impossible de faire autrement."

PEDRO CHIRIVELLA

"J'ai lu les commentaires sur Pedro (Chirivella) et je trouve qu'ils sont sévères. On parle beaucoup de verticalité dans le football mais elle n'est possible que s'il y a des appels autour et si ça part d'une construction. Le jeu latéral est utile et je pense que dimanche, on a très bien su utiliser la largeur du terrain. Je pense que dans l'occupation, c'était bien et Pedro (Chirivella) a bien orienté le jeu. Évidemment, le jeu latéral n'est pas une fin en soi car il faut étirer l'adversaire pour trouver des solutions verticales. C'était mieux dans ce domaine dans les vingt dernières minutes. Après, Pedro (Chirivella) restera toujours un relayeur, plus qu'un joueur de percussion. Mais il faut une bonne complémentarité. Et Imran (Louza) a peut-être plus ce profil pour trouver des passes décisives plus verticales."

LE MERCATO

"Je raisonne avec les joueurs que j'ai et je ne fantasme pas avec les arrivées. On a l'éclosion de Randal (Kolo Muani). Je pense qu'il ne faut pas toujours être dans l'impatience. On travaille avec les joueurs qu'on a. Randal (Kolo Muani) n'a pas joué le premier match parce qu'il n'était pas en état après avoir eu la Covid-19. Mais on l'a installé et il progresse, prend confiance. Après, dans le monde professionnel, on est toujours tributaire des résultats. Il faut justement avoir la capacité de recul pour faire confiance aux joueurs et les installer dans la durée. Bien évidemment, je cherche toujours à avoir un effectif de meilleure qualité individuelle. Mais il ne faut surtout pas rentrer dans une surenchère qui est complètement démesurée à mon sens. On ne peut pas faire abstraction des aspects économiques. Quinze millions d'euros, ça reste quinze millions d'euros. Dans le football, on est totalement déconnecté de la réalité. L'éclosion de Randal (Kolo Muani) change-t-elle quelque chose dans le recrutement d'un avant-centre ? Bien sûr. Recruter pour recruter ça n'a aucun intérêt et je pense même que ça peut être négatif. Après, on sait aussi qu'on ne fait pas une saison avec onze joueurs. S'il y a des possibilités de renforcer le groupe, il n'y a pas de problème car c'est toujours un plus. Il faut être lucide, sérieux. Le public a parfois besoin de rêve mais il y a des aspects économiques à prendre en compte et il ne faut pas faire n'importe quoi. Le sérieux d'un Club, c'est aussi ça."

RENAUD EMOND

"Je suis content pour lui parce que c'est un joueur à la mentalité exemplaire. L'an passé, il a connu des petits pépins de santé qui l'ont empêché d'avoir une certaine continuité dans ses performances. Cette année, il y a aussi l'éclosion de Randal (Kolo Muani).
Renaud (Emond) reste un garçon généreux et pour un attaquant, c'est toujours bien de marquer. Ce n'est sûrement pas le but le plus difficile, ni le plus spectaculaire qu'il a marqué dans sa carrière mais c'est un but très important pour l'équipe."

L'ASPECT MENTAL

"C'est évidemment important. Je prends l'exemple de Moses Simon. Après Monaco, on regrettait sa prestation alors qu'on avait besoin de lui. Et on a vu contre Saint-Étienne, une première mi-temps où il a été perturbé. Je savais que ce n'était pas un problème physique mais bien un problème de confiance. Je pense que le fait d'avoir marqué ce but, ça lui a fait beaucoup de bien. Après sa réalisation, il a eu bien plus d'influence dans le jeu. Un joueur, c'est complexe parce que la confiance est très fragile.
Concernant Randal (Kolo Muani), qui marque des buts bien qu'ils soient refusés, je lui ai dit de continuer sur cette lancée. Pour un jeune joueur, le plus difficile c'est de rester concentré sur le jeu et faire abstraction de tout ce qu'il se passe autour. Il faut garder la tête froide."

LE DÉBUT DE SAISON

"Oui, on peut considérer qu'on a un déficit de points. Maintenant, et compte-tenu des évènements, quels sont les critères pour le revendiquer ? C'est très subjectif. On est content d'avoir pris ce point dimanche car ça aurait été difficile dans ce contexte-là, de s'incliner. Après, effectivement, on pouvait espérer mieux. À Bordeaux, on ne l'avait pas fait mais c'était de notre faute. Il faut prendre les choses comme elles sont. Les points comptent mais nous sommes qu'au début de la saison et il vaut mieux faire une analyse de la qualité de nos prestations. Et celle face aux Verts, même si tout n'a pas été parfait, est une prestation encourageante."

LES CINQ CHANGEMENTS

"Au tout départ, ça a été mis en place en Allemagne, pour la reprise et pour ménager les corps soumis aux entraînements. J'avais perçu ça comme ça. Et puis j'ai vu que la plupart de mes collègues étaient favorables. Je pense qu'un match, c'est une continuité et une "guerre" d'usure. Dans le football, il n'y a pas beaucoup de buts et une équipe s'impose dans la durée, par la qualité du jeu et en construisant sa victoire.
Là, évidemment, ça change la donne parce qu'il y a des effectifs qui sont riches, on peut avoir du mal à user l'adversaire car ce dernier a la capacité de redonner de la fraîcheur. Sur le plan du football pur, ça modifie la donne. Maintenant, c'est ma vision. On aime beaucoup "les équipes caméléons", qui changent les organisations, les joueurs et on considère que c'est un plus. Pour moi, la principale qualité d'une équipe c'est d'avoir une identité dans son expression collective. et individuellement, d'avoir des joueurs qui s'installent dans le temps. Je reste défavorable à cette nouvelle règle. Dans le suspens et pour le public qui est dans l'attente d'un résultat, ça peut donner une notion supplémentaire d'incertitude mais pour moi, je ne conçois pas le football de cette manière.
Autre point, aujourd'hui on a le droit à cinq remplacements mais seulement à trois joueurs qui s'échauffent en même temps. Donc il faudrait une certaine cohérence de la Ligue à ce sujet. À partir du moment où on peut faire cinq remplacements, cinq joueurs devraient pouvoir partir à l'échauffement en match. Je dirais même d'une façon générale, que tous les remplaçants devraient pouvoir s'échauffer."

LES INSULTES SUR UN TERRAIN

"Le football fait partie de la société et aujourd'hui, il y a une agressivité qui est présente partout, d'une façon générale. Notre sport n'y échappe pas. Les réseaux sociaux jouent aussi sur ça, parfois chez les joueurs qui les utilisent pour faire monter la température avant des rencontres. Je suis d'une autre génération mais je suis choqué par ce qu'il s'est passé avant le match Paris SG - Olympique de Marseille. Le climat d'hostilité était tel, qu'il est totalement contraire aux valeurs du sport. Et ça, on le tolère… Il ne faut pas s'étonner que certaines personnes pètent les plombs ensuite, avec une montée en puissance sur le terrain. Après, l'intimidation a toujours existé. Il y a 40 ans de ça, il y avait des spécialistes sur les terrains. Et sans les caméras, c'était bien plus facile pour eux. Aujourd'hui, avec toutes les images, on peut lire sur les lèvres sans entendre ce qui est dit. Il y a forcément une prise en compte de ça qui calme un peu les choses. Le fait que les responsables en jouent, on n'est pas du tout dans des valeurs d'éducation. Mais je reste à mon niveau et ce n'est qu'un constat. C'est assez dramatique pour l'avenir."



LOSC - FC Nantes

5ème journée de Ligue 1 Uber Eats
Vendredi 25 septembre 2020, 21h
Stade Pierre-Mauroy


Par M.G, J.J